Des nouvelles de Loïc 4

LOVE -ON THE DESK-

Mon enquête avançait. Je n'étais pas Eichmann : Premièrement parce que j'essayais de m'éclairer, afin de ne pas effectuer à longueur de journée des taches ingrates aveuglément. Et deuxièmement, parce que j'essayais de comprendre le travail et les ordres donnés et de remonter petit à petit jusqu'en haut, à la cause de l'ordre. Je vous rassure, je ne fais que de l'épuration. J'épure la race des chiffres, les montants inférieurs à quinze euro sont radiés de la liste, ainsi, je suis un simple nettoyeur de base de données. C'est un peu comme mes RIB, sauf que je ne corrige pas, je supprime héhé. Ce travail d'épuration représente les trois-quart de mon travail. Je fais aussi des "mises en demeure", c'est à dire que je préviens les gens qu'ils doivent payer leurs créances sinon on leur envoie les huissiers. Je voulais vous faire une photocopie d'une mise en demeure, pour vous démontrer que je suis de bonne foi, et que je sais ce que je fais, que je le fais en mon âme et conscience... Mais la photocopieuse est cassée. On avait l'habitude de la voir "en panne" mais là il était écrit sur la porte qui donne sur la salle de la photocopieuse : "Machine à photocopier cassée".

Je vous conte l'anecdote. Je venais tout juste de finir un tas de recommandés pour les mises en demeure, en pensant à vous, chers lecteurs, je me décidais de faire une et une seule photocopie (c'est interdit > on nous a demandé d'être discret > ils disent comme ça dans le jargon). Une photocopie que je pensais sortir clandestinement de l'entreprise pour la publier sur le net... Je ne dirigeais à toute vitesse, discrètement, vers le local de la photocopieuse. Je poussais la porte et je me cognais la tête : la porte était fermée. >Bong<. Je me frottais la tête, à toute vitesse avec la main pour atténuer la douleur. Mais des petits cris de cobaye raisonnait à l'intérieur. ( Ça fait un truc du genre "hi"-"hi"-"hi" à répétition et très aigu). Je pressais l'oreille contre la porte. En réalité ce n'était pas des cobayes, mais bien un rapport sexuel qui se déroulait derrière cette porte, Loïc pour l'instant, n'en sait rien et continue de coller l'oreille à la porte.

Passons derrière la porte : Deux silhouettes dans l'obscurité de divertissent mutuellement. Le couple, vraisemblablement, un homme et une femme formait des positions. Grandes danses de la parade de l'amour. Devant, derrière, sur les cotés, dessus, dessous, face à face. Le mâle enfourche bien la femelle, il ne pense à rien, si ce n'est que (je cite) "d'aller plus haut" (attribué à Tina Arena) ou "un peu plus loin" (Jean-Louis Aubert). Cette femme, elle ne pense à rien non plus, si ce n'est toutes ces questions qu'elle se pose à ce moment précis. "
Suis-je bien dans l'angle ? Est-ce que je vais jouir avant lui ? Est-que je suis bien concentrée ? Suis-je bien centrée ? Est-ce que la capote a craqué ? J'espère que personne ne nous débusquera" ... ou encore... "Il est vraiment fort mon Dada, il a une grosse **** de ****** ." Le tout entre deux cris de cochon d'inde. Puis vint le moment fatidique, ce fameux moment, où les corps sont en symbiose dans l'obscurité entre deux caresses et deux aller-retours, à ce fabuleux moment où la sueur n'a plus d'importance, à ce moment précis où on ne pense plus à rien, qu'on nage dans les nuages, à ce moment qu'on voudrait tellement vivre plus longtemps, à ce moment si intense que le dessert finit par couler à flot. Si l'amour devrait être un gâteau, ce serait une grosse tarte aux fraises avec plein de chantilly et de crème caramélisée.

Mais c'est aussi le moment où il faut qu'il y a toujours quelque chose parte "en sucette"... A ce moment où il n'est plus possible de faire marche arrière et qu'on n'a pas le choix, qu'on doit aller de l'avant et sachant que le plaisir sera gâché. Déjà, petit, au moment où comme par hasard un membre de sa famille survient dans la pièce ou l'effort s'accomplit. Ou encore, au moment où la capote craque où que la clé dérape ailleurs que dans la serrure. Il a fallu que ce soit la vitre de la photocopieuse qui cède. (Crac) Bien heureusement, il n'y eut aucune fesse blessée, et aucun organe coupé.

Le couple sort de la pièce. J'avais toujours l'oreille collée à cette porte. Bong. Ma tête cogna une fois de plus cette saleté de porte. Le couple se retourne. Contrairement à ce que je croyais, ce n'était pas David et Yvette, une fois de plus. Mais c'était :
_ Jean-Pierre et Lucette ??!!!
(En fait, c'est deux là, avaient réputation d'être les pires ennemis du service. Je ne comprenais plus rien. Je ne cherchais plus à comprendre.)
_ (D'un air plutôt hautain) oui, ...C'est nous.
_ (La seule chose que je trouvais à dire, et il fallait que je saute sur l'occasion) ... J'ai du dossier. Baiser, c'est bien chez soi et c'est encore mieux quand on ne casse rien. Tenez vous à carreaux les vieux, et profil bas.

Et c'est à ce moment là que le ventre de Bernard gloussa comme un dindon. Je me retournais, il était caché dans un coin. Jean-Pierre et Lucette filaient à l'anglaise. Bernard ne semblait pas dans son assiette, il transpirait, il était rouge, et soufflait fort. Il couru jusqu'au service, il sauta sur un bureau et hurla tellement fort que toute l'activité de l'étage avait cessé pendant vingt minutes, les travailleurs immobiles. Donc, Bernard s'exclama : J'en ai marre(rrreee !!!), c'est quoi cette boîte de merde là (!!!) ça baise dans tout les coins ici, (merde). C'est pire que dans un clapier. Je veux (il fait une pause)... Je veux que vous me foutiez la paix.
Je veux travailler moi, et dans le calme.

Visiblement, Bernard n'avait pas du avoir de relation sexuelle depuis un certain temps. Ivre de colère et de tristesse, comme un gamin, il saisit un écran plat (En effet, suite à l'incident d'Anne-Marie, afin d'éviter d'autres implosions d'écran la direction nous avait remplacé les écrans déclarés comme dangereux par des écrans plats >bienfaits de ce monde enchanté), écran plat qu'il jeta à travers le service et qui roula jusqu'au couloir. Il fit encore une petite ronde en jetant des papiers à travers tout, avant de courir aux toilettes pour y pleurer pendant une heure, une heure et demie. L'activité reprit aussitôt. Je me souviens de la déclaration d'Yvette ; "Il est surmené, le pauvre. C'est peut être de ma faute..."

Oui, c'était rassurant qu'il existait encore des lieux où la pensée hippie subsistait, "Faire l'Amour" restait dans les mœurs et apportait un peu de douceur, tandis que ceux dont le travail était le seul credo étaient vite marginalisés.

Cruel monde enchanté !

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