Un mardi 03 Octobre 2006



René, tais toi !

(taisez-le)

 

Je ne sais plus pourquoi, mais un jour, il y a maintenant cinq ans, j'ai mis tout les timbres que je possédais dans un album. C'est comme ça que j'ai commencé à les collectionner. La philatélie, c'est bien quand on est mioche, quand on aime les bancs de l'école avec les images d'Épinal. Là c'était pareil, je mettais mes timbres dans un album et je commençais une collection sans vraiment trop le savoir. Je rangeais mes petites images selon leur thème : sport, science, personnages célèbres (etc.) et je les classais par ordre des valeurs. C'était un bon passe temps qui réclamait du temps, et aussi beaucoup d'agilité. Il faut être très patient lorsqu'on collectionne les timbres. Il faut les attendre, il faut ensuite les rassembler. Puis, une fois qu'on en a une bonne cinquantaine ; on prend un dimanche après midi à découper les timbres des enveloppes et à décoller "à la vapeur" le papier du timbre. Après il faut attendre qu'ils sèchent et finalement on les glisse dans l'album. Bien sur, il faut respecter une certaine cohérence dans la présentation des pages, il est conseillé de ne pas dépasser cinquante timbres par page. De plus, il faut que tout les timbres soient visibles. J'ai retrouvé par hasard une liste datant de l'année 2001, où j'étais en sixième, en feuilletant un numéro du magasine Géo inédit sur "L'Europe, qui nous passionne". Faut dire qu'à l'origine je cherchais une documentation sur un lieu bien précis en Lituanie, nommé la colline des croix près de près de la ville de Šiauliai.

Cette liste affichait mes comptes, mes comptes de timbres. Il était fièrement écrit 256 timbres. Cinq ans après me voilà avec plus de 6000 timbres, il s'agit d'une estimation qu'on devrait plutôt revoir à la hausse. Qu'ai je fais pendant cinq ans avec cette collection ? elle a grossi, grossi. Aujourd'hui j'ai six bouquins de timbres, quatre enveloppes remplies à raz bords parce que j'ai pas acheté de nouvel album, et puis j'ai aussi une grosse boîte avec tout mes doubles dedans. Je suis armé. Mais me voilà, à un moment où j'hésite sérieusement à acheter ce nouvel album. Comment est le philatéliste à trente ans ? à quarante ans ? à la limite on peut comprendre lorsqu'on est gamin, qu'on aime collectionner quelque chose. Ou quand on est vieux et à la retraite, qu'on a du temps à perdre et pour rencontrer d'autres vieux qui eux aussi s'emmerdent, ça peut se comprendre. A vingt ans, on ne collectionne pas de timbres, ou ceux qui les collectionnent sont très bien cachés chez eux. Parce que le type qui collectionne les timbres, il regarde le monde... Mais le temps qu'il prend à regarder le monde, il ne le passe pas dans le monde. Le type, parce qu'en général ce sont des types qui collectionnent les timbres, ne vit pas dans le monde, mais en dehors. La philatélie est une activité de la solitude extrême, on passe son temps à contempler ses timbres, gentiment. Puis on y prend goût, en on continue parce que finalement on est pris d'une passion alors on continue, on continue.

On pense sur le monde qui nous entoure. Et puis c'est parti, tout en fait repose sur la curiosité. On est curieux, on veut tout savoir, on veut tout faire, on se pose plein de questions. On améliore sa "conscience de soi", comme dirait l'autre. On veut être plus lucide. Parce que en fait, on creuse un peu, on sait pas trop pourquoi, et ce petit pourquoi, il démange. Un jour, on a une idée. Alors on approfondit, on cherche, on cherche encore, on se retourne l'esprit dans tous les sens, et... voilà, c'est elle, elle est là et évidente, la solution. Ça fonctionne, c'est rationnel, ça se tient. Parfait super voilà. Et puis on parle sur ses idées, on les propage, c'est vrai qu'on est plus soi-même par rapport aux autres lorsqu'on pense, on aime ça... Se sentir soi-même, parler de grandes choses très intéressantes, on a des convictions, on a une belle personnalité. Et c'est reparti on aime ça, on continue à gratter. La quête de la vérité. On gratte, on gratte. La machine est lancée. Ça y est enfin, on va être moins con.

Les timbres, c'est un peu pareil, on commence, on ne s'arrête pas, on ne peut pas faire demi-tour. Quelques personnes arrivent à oublier leurs timbres, car elles sont prises par la vie. Et on retrouve sa vieille collec' poussiéreuse dans une boîte à chaussure quinze ans plus tard, on les avait gardé parce qu'ils étaient important, ils avaient de la valeur et une valeur puis on a passé du temps dessus on n'allait quand même pas les mettre à la poubelle. Quinze ans après, on s'en fou un peu. On les donne à un autre gosse (pauvre gosse), ou sinon on les met aux encombrants, mais on ne reprend pas la collection, flemmardise, j'ai autrechose à faire. Ça, c'est pour ceux qui s'en sont sortis, ceux qui ne s'en sont pas sortit continuent à traquer les timbres. Il arrive qu'au bout de vingt-cinq ans de chine acharnée, on ne trouve plus de timbres que nous ne possédassions pas. Et on se dit ; "voilà, c'est fini, c'était chouette hein ? maintenant je fais quoi ?". Ça finit comme sa.

La pensée c'est exactement la même chose, on pense et un jour on arrive au bout. Remarquez on a cru souvent être arrivé au bout, à quoi je pourrai penser ? et là, grand blanc. Mais finalement ces périodes de stérilité spirituelle s'avéraient être (justement) des périodes. La quête de la vérité donnait l'illusion d'une quête inépuisable, qu'il nous aurait fallu plus d'une vie pour tout savoir, parce que le plaisir, aussi bien dans la pensée que dans les timbres, c'était la quête et les petites victoires à chaque fois qu'on trouvait un timbre qu'on cherchait depuis si longtemps. Et si, la vérité n'existait pas ? et si, la seule certitude était le sentiment de soi en tant qu'esprit, quand il ne reste que la vérité qu'on a enlevé tout ce dont on était capable de douter, nos sensations surtout (c'est écrit). La seule vérité certaine était le fait que soi pensait (Descartes est un salop). Et maintenant qu'on sait ça, on fait quoi ? On ne peut pas faire marche arrière, et puis la pensée, c'est notre vie, c'est pas une stupide collection de timbres. Lucidité mon froc. Je préférerai mille fois être heureux que de penser... Mais, voilà, ça ne marche pas. Nous, humains tellement compliqués, tellement Midi à Quatorze heures, on était pas heureux, et c'était pour cette raison qu'on pensait que la quête de quelque chose nous rendrai heureux ! Conclusion ; faut rester con ---mais on était tellement con, qu'on ne savait pas qu'il ne fallait pas penser.




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