jeudi 8 février >

Derrière les étoiles :

Il
marchait sur les pas de Samuel Beckett, il était là environ soixante-dix ans après lui. Sur cette même Babelplatz, le 10 mai 1933, soit trois ans avant le passage de Beckett, le premier autodafé Nazi eut lieu. Il marchais jusqu'à la Französische Straße. Lui, simple touriste, ne doutait pas une seconde qu'il passait à coté de Gerd Wiesler, ancien espion de la police d'état de la R.D.A. ; la Stasi. Et puis, Beckett est mort en 1989, environ un mois après la chute du mur.

Ces personnages n'ont peut-être rien en commun. Ils sont seulement témoins ou acteurs de l'histoire, une seule chose les rassemble : Berlin. Berlin est à la croisée des destins, il y a là bas, tous les tourments du siècle. Aujourd'hui, malgré tout les vestiges qu'ont pu laisser le temps et les civilisations, Berlin est une capitale calme, contemporaine, futuriste. C'est une ville qui vit avec son temps.

Le XXème siècle y est tout entier, Berlin est un théâtre à ciel ouvert sur une superficie qui serait égale au tiers de l'île de France. Un territoire massacré par les idéologies successives. Nous ne sommes que dans un ressac entre deux vagues. Gerd Wiesler distribue des journaux depuis deux ans. Il a une situation stable, mais ennuyeuse. Il n'a pas vraiment de vie, il s'est borné au dernier problème rencontré par notre société ; celui d'essayer de vivre. Gerd Wiesler travaille tout les jours. Il y trouve son salut. Il n'a pas de vie privée, il se paye bien de temps en temps une putain. Mais surtout la principale occupation de Wiesler est de gâcher du temps, de le perdre. Il ne sait que faire de sa vie. Il semblerai bien qu'il soit entré dans une impasse et qu'il y reste.

En fait, ce territoire comme ailleurs est touché par l'illusion (ou bien la désillusion masquée). Après tant d'années de mensonges, de propagande et de blessures dont on a l'art, à Berlin, de camoufler. A force de mentir, de jouer tout le temps, à donner une image de soi, sans même savoir pourquoi, on se lave seul le cerveau. On ne sait plus qui on est vraiment. On se souvient de temps en temps, il reste quelques anciennes émotions. Quelques dates, qui ne veulent plus signifier grand chose. Mais le flux d'informations grandissant est là pour ça : déguiser la réalité en noyant le poisson.

A force de mentir, et de se mentir à soi-même, on ne peut plus savoir qui on est. On vit comme des lavettes, on s'adapte au quotidien et on s'immunise contre ce qui pourrait éclater cette bulle. On est seulement un coque vide qui se déplace sur une cicatrice. On se renconstruit une vie complétement parallèle directement sortie d'un scénario de cinéma, et on vit sur cette cicatrice si fragile. Nous vivons comme tout les autres, toutes nos vies semblent se ressembler. Comme si l'arbre des possibilités était mort, déraciné par une tempête humaine. Même plus capable d'amour, il est trop tard de toute manière, il n'y a plus rien à faire. Le monde avance encore. Quant à nous, prisonniers timorés : Nostalgie ... Camarades !

Et lui ?

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