Ce connard, pour sa chimère, a tué plein de monde.

 

Introduction justifiant le choix d'une autre suite ;
Étant donné qu'il m'est impossible de trancher entre la vie et la mort. Le choix du fœtus qui est en filigrane le mien, présente des arguments contre la vie ne pèsent pas lourds dans la balance. Je préfère répondre à cette question autrement, il ne s'agira pas de faire l'éloge de la mort mais d'une solution envisageable pour ne pas avoir une vie malheureuse. La vie d'un individu, si elle est heureuse, ne penchera pas vers le suicide (donc la mort logiquement). Le fœtus dans le texte précédemment n'était pas né, était doté d'une conscience, mais n'avait pas l'expérience de la vie. Cette conscience ne pouvait alors choisir entre une vie incertaine et une mort sûre. Qui ne tente rien n'a rien. Nous savons tous ce que cherchent les hommes : le bonheur. Un bonheur permanent et le plus durable possible. Nous allons alors nous pencher sur ceux qui ont l'expérience de la vie, dont la mort est proche : Les vieux.



Mercredi 8 Novembre :

Les vieux copains :


J'allume la télévision ce Mercredi sur la troisième chaîne, inspecteur Derrick. Je regarde. J'avoue et je n'ai pas honte, mais qu'est ce qui peut bien faire le succès de cette série depuis 1974, du temps ou le téléviseur n'était que bicolore ? Je me questionne. Une série qui peut paraître aujourd'hui comme des plus rébarbatives. Une série allemande qui aime beaucoup les couleurs délavées, vert pale, jaune clair twingo. Mais une série qui fait toujours une très bonne audience. Toutes les personnes âgées regardent ce type d'émission. Celle ci a quelque chose de particulier : de la lenteur, des plans inutiles, des acteurs des années quatre-vingt qu'on revoit tout les trois épisodes. Le personnage de Derrick est lui aussi très intéressant, il passe pour beau garçon auprès des petites vieilles, il cache derrière ses lunettes ses beaux yeux bleus avec les grosses cernes qui tombent jusqu'à la bouche. Il fréquente les boîtes de Strip-tease, et ne regarde pas les danseuses en cuir, mais son collègue Harry, Harry Klein. La vie de Derrick ne serait rien sans son ami Harry. Derrick n'a presque pas de vie sociale car il ne fait pas bon de fréquenter les policiers qui trouvent des meurtres partout où ils vont et résolvent plus de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des affaires criminelles. Les connaissances de Derrick ne servent qu'à son travail, il connaît les gérants de Bar, il connaît quelques policiers. Il connaît assez peu de femmes, et il parait insensible aux charmes des demoiselles. On imagine assez mal la vie de l'inspecteur principal à la brigade criminelle en civil : Derrick a l'air triste et seul.

Ce qui je suppose doit faire le vrai succès de la série, c'est la solitude partagée entre les vieux et le héros. Et puis ce regard sur le monde, un monde autrement, en dehors du circuit. Les vieux aussi côtoient la mort. Et pourtant, il affichent contrairement à Derrick, un certaine quiétude de la vie, ils paraissent peut être cons, mais ils sont bien heureux. Regardant la vie sans fatalité, la connaissant bien, la vie. Avec l'âge on s'assagit, on finit par apprécier la vie. La vie, ce qu'elle a de plus chère, c'est la vie. Les vieux rêvent-ils de redevenir jeunes ? La fontaine de jouvence. Je pense que s'ils en buvaient ce ne serait que pour refaire un tour supplémentaire dans leur vie, et éviter de mourir trop tôt.

Est-ce que les vieux finalement, avec le temps, ne finissent pas par être heureux ? Ayant connu bien des choses, ont-ils compris que le miracle de la vie résidait justement dans la vie ? Les jeunes aujourd'hui ne sont pas plus sots ou plus perdus que les jeunes d'antan. Les enfants ne sont nourris que par la chimère et en oublient le bonheur réalisable. Des exemples comme "Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain" ou à l'inverse "Le mythe de Sisyphe" (pas le livre), nous font oublier le sens de la vie et donne à espérer des vies inexistantes ou des moyens d'atteindre le bonheur qui appartiennent à un autre âge, il s'agit ici d'insister sur la notion de Mythe ou de Légende. Les vieux donc, avec le temps auraient compris comment accéder au bonheur, ils seraient alors les plus grands philosophes de ce monde, tellement nombreux, partageant ce grand secret, regrettant leur jeunes années et ne pouvant rien dire aux jeunes car l'expérience de leur vie sera nécessaire pour être heureux plus tard. L'attrait suscité par l'inspecteur Derrick réside dans le réalisme de la série. Ce cher Derrick parait malheureux et triste pourtant nous le voyons sourire en présence de son ami Harry, Derrick a eu le choix d'une vie comme tout le monde et d'une autre vie, celle d'un vieux précoce. Ainsi, Derrick suit le sacro-saint principe du "Aime le monde, et le monde t'aimera."

Cette philosophie est la philosophie. La philosophie donne à tout le monde le moyen d'être heureux sur l'acceptation du monde qui nous entoure, et sur la lutte contre les mauvais moyens d'accéder au bonheur qui conduisent au malheur. Ce que font précisément tous les vieux et Derrick, ils aiment le monde et le monde les aime, Derrick se range du coté de la loi, et se refuse à toute mauvaise entreprise qui mène au bonheur. A moins d'être homosexuel refoulé, Derrick ne désire pas. Il présente une maîtrise de soi totale, ou comme beaucoup de vieux hommes il est victime des limites de son corps usé par le temps.

Cette citation "Aime le monde et le monde t'aimera" fut le credo de Host Buchholz, un autre acteur allemand décédé en 2003. Un grand acteur, qui joua son dernier film en 1997 au coté de Roberto Benigni : La Vita E Bella. La vie est belle, on ne revit plus l'acteur avant sa mort sur le grand écran. Après sa mort, son fils a recomposé la fin de vie de l'acteur, à partir d'extraits vidéos et d'interviews très personnelles entre père et fils. Buchholz était seul dans un appartement simple du centre de Berlin, il fumait beaucoup, parlait peu, se souciait de ses petites affaires. Et il n'était pas malheureux. Il avait une vie calme et monotone, que lui appréciait, mais que très peu de personnes moins agées pourraient supporter. C'est alors que devant ma petite télévision je me suis reculé et je me suis rendu compte que dans la vie on est toujours seul, toujours. L'amour et l'amitié ne font que passer, nous aussi.

Il ne faut pas perdre son temps à se poser plein de questions, à espérer violemment, à souffrir pour des rêves qui ne nous donnera pas le bonheur. Accepter le monde. Se contenter et être content. Être au poulailler, aux premières loges, regarder le monde, l'écouter et applaudir. Regardons passer les vaches. Ne vous demandez pas pourquoi ce vieux reste assis toute la journée sur ce banc et ne vous hâtez pas trop à dire qu'il est malheureux. Demandez vous plutôt à quoi vous pensez et ce que vous faîtes. La désillusion n'existe que lorsqu'on se rend compte que la vie n'est pas un endroit comme le paradis et qu'on s'y refuse. Ne refusez pas la vie. Nous essayons de tendre vers le bonheur, la chimère... Mais acceptez le monde, n'espérez pas le changer, ne colportez pas votre malheur et contentez vous de ça, nous verrons les beautés du monde seulement si nous le voulons bien et seulement si nous donnons une chance au monde. Laissons faire ceux qui rêvent à donner au monde une meilleur tête, nous regarderons ces jeunes rêver et s'échouer en masse sur les plages du chaos.

Depuis des siècles nous bâtissons des systèmes, des mondes, des illusions pour tenter de vivre ensemble. Pourquoi tout foutre en l'air ? Pourquoi faire la révolution ? Pourquoi rechercher l'âge d'or ? Nous reviendrons toujours à la même case, alors changeons le monde doucement , petit à petit, nous avons fait du chemin depuis le moyen-âge. Au lieu de vous amuser à jeter des pavés parce que vous croyez que votre bonheur dépend de la liberté, que vous croyez que le bonheur dépend de tel ou tel facteur. Le bonheur dépend uniquement de vous, il est accessible et tout prés. Je ne crois pas que Paul Fort ait écrit par hasard que "Le bonheur est dans le pré". Foutons nous s'en plein les poches, le plaisir n'est pas un avant goût du bonheur, il en est juste son supplément.

Peut être en aurais-je trop dis ? Mais le Fœtus est averti, le voilà immunisé contre le malheur,
et je finirais par une dernière citation de Jean Dubuffet :

 

« Ceux à qui le monde n'apparaît pas à leur goût,
je leur conseille de ne pas tâcher de changer le monde
mais de changer leur goût. »

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Host Buchholtz.