Jeudi 8 Juin :
La caisse numéro dix-huit.


 

I

Un chat de gouttières est tombé dans mon balcon. Il s'est avéré qu'il s'agissait du chat du voisin du dessus. Il a sonné chez moi quelques secondes après la chute du chat. C'était un chat minable et con en plus. Il était derrière la baie vitrée. Je regardais ce chat comme si c'était un poisson dans un aquarium. Il semblait qu'il me regardait de la même manière. Je ne connaissais pas mon voisin du dessus. Je le voyais par l'oeil de Judas, j'ouvre. "Excusez moi, Monsieur, j'ai fait tomber mon chat chez vous. Est ce que je peux le récurer ?" quelle question, j'en voulais pas de son chat. Deux solutions s'offraient à moi : ou je jetai le chat dans le vide ou je le rendait à ce type. La première solution m'aurait plu, mais elle m'aurait causé des ennuis, toutes ces bêtes sont protégées par des associations et des associations qui vous font des procès pour des conneries. Je fis entrer le monsieur, c'était un vieux, il ressemblait à son chat, et je lui dit. "Mais oui, je vous en prie entrez donc... je suis allergique aux chats. (Ce qui n'était pas vrai)". Le vieux alla dans le balcon, pris son chat me dit merci et il partit. Je fermais la porte.

Voilà ce qui m'était arrivé d'extra-ordinaire ce moi ci. Je vivais dans une barre d'immeuble assez tranquille, Résidence Flandres, à Croix. Je travaille à Roubaix pour le Trésor Public et j'ai une Renault 9. Je me levais tous les matins à sept heures. Je commençais à huit heures. Je mangeais sur place. Je quittais le travail à dix-sept heures. J'aillais faire mes emplettes à Carrefour à Lille. Puis je rentrais chez moi vers dix-neuf heures trente, je mangeais à vingt heures et je me couchais à vingt-et-une heure. Le dimanche je dormais jusqu'à huit heures trente, j'allais au marché à pied place de la République. J'achetais du poulet et des fleurs. J'allais ensuite au cimetière vers onze heures puis je parlais à Maman et Papa qui sont morts dans un accident de voiture, il y a treize ans. Je changeais les fleurs de la semaine dernière. Et je rentrais chez moi vers midi. Je mangeai le poulet. Je nettoyais l'appartement qui n'était pas sale. Je travaillais un peu pour demain. Puis à huit heures, je mangeais les restes du poulet et je me couchais après le film.

Mes semaines sont très biens réglées tout est planifié. Papa et Maman, m'ont appris à être organisé. J'étais fils unique. Je suis né il y a quarante-deux ans. J'ai eu une enfance assez tranquille. Papa était un riche buraliste et Maman était libraire. J'ai fais des études dans une école du commerce. Puis j'ai postulé il y a dix-sept ans grâce à Papa qui connaissait le maire de Roubaix.

Je travaille depuis dix-sept ans au Trésor Public, Papa et Maman sont morts deux ans après. Ils revenaient d'une réunion des commerçants de Croix. Un camion a percuté leur voiture, ils sont morts sur le coup. Je me suis retrouvé seul à l'appartement, j'avais alors vingt-sept ans. J'avais les mêmes habitudes avant leur mort. Sauf le samedi on allait tous les trois au restaurant. Depuis la mort de Papa et Maman, je n'ai aucun problème d'argent. J'ai touché leurs assurances vie et j'ai eu beaucoup d'argent. De plus, il y avait l'héritage.

Maman était morte et je n'avais plus de livres, Maman, qui était libraire, m'apportait toujours un livre par semaine. C'était un cadeau parce que j'étais sage. Alors, un jour, je crois que c'était trois ans après sa mort. J'ai été à Lille. J'ai choisi un livre au hasard et je l'ai acheté. J'avais faim et je décidais d'aller à Carrefour. J'ai pris une boîte de gâteau, une baguette, du jambon, et une boîte de haricots blancs. Je passais à la caisse numéro dix-huit parce que je suis né un dix-huit. Je mettais mes emplettes dans le tapis roulant noir. Puis je vis la caissière ; Jeanne était-il écrit sur son maillot. Je passais, la regardais, et je payais. Je mis très rapidement mes courses dans les sacs plastiques je prenais le couloir qui menait aux Escalators qui menaient au sous-sol. J'arrivais au parking souterrain, puis je mettais les couses dans le coffre de la Renault, et j'entrais dans la voiture... vite vite... et je me masturbais.

Cette caissière avait quelque chose d'étrange. Elle était pas plus jolie qu'une autre, mais elle avait réveillé, par je ne sais quelle opération du saint esprit, mon appétit sexuel. Je rentrai chez moi. Et je recommençais à me masturber aux toilettes cette fois-ci. Je voulu la revoir. C'est depuis ce jour que je vais faire mes courses tous les jours à Carrefour. Ça fait douze ans. Je vais toujours à Carrefour à Lille après le boulot à la même heure, et je vais à la caisse dix-huit toujours. Elle ne me remarque pas. Mais je sais qu'à chaque fois qu'elle me voit, je sens qu'elle a une impression de "déjà vu".

Au boulot, ça se passe bien. Je suis juste un employé qui fait son travail. Jamais absent et qui ne s'occupe pas des racontars, j'ai la confiance du patron. Je le vois jamais, nous ne communiquons que par Lotus. Et ça m'arrange parce que le patron a une haleine digne d'un chiotte qui n'a pas été lavé depuis longtemps. Mes quelques collègues sont tous fans de football, ils ne parlent que de çà, je suis le plus vieux d'entre eux. J'y connais absolument rien au football, et je m'en fou. Je leur ai dit un jour que je me foutait du foot. Depuis on ne parle plus de foot, ni de rien. Mais je m'en moque, ce sont des cons et ils n'étaient pas vraiment chalands. Je pense qu'à une chose moi, je ne pense qu'à Jeanne.

Après le boulot, j'ai pris ma R9 et direction Lille, j'entre à Carrefour, j'achète n'importe quoi. Ce Carrefour ressemble à tout les autres Carrefour... On dirait une bibliothèque géante inépuisable dans laquelle tout le monde se sert, d'ailleurs il y en a plein qui viennent avec des caddies. Il y a de larges avenues dans lesquelles les gens s'engouffrent tous. A chaque rayon ses habitués. Moi je suis un habitué de mon rayon, Jeanne, mon rayon de soleil. Je vais à la caisse numéro dix-huit. Je met mes affaires sur le tapis roulant ; J'avais pris des tomates farcies surgelées.

Je levais la tête pour voir Jeanne. Stupeur ! Jeanne n'était plus là. Il y avait un homme, avec un maillot rouge carrefour avec l'inscription ; "Puis-je vous aider à mieux consommer ?". c'était Christophe si l'on en croit la vignette qu'il avait sur le maillot.
Je passais en caisse :

_ où est Jeanne ? demandais-je à Christophe.
_ Elle n'est plus là.
_ Où est-elle ? je suis un habitué, elle me connaît.
_ Elle a muté à Evry. Il y a aussi un Carrefour là bas.
_ Ah merci.

Je payais et je partais écroulé. Je rentrais chez moi. Je réfléchis toute la nuit.

 

 

 

II

Le lendemain matin, j'avais pris ma décision ; J'irai à Evry dans l'Essonne que je ne connais pas. Je vis mon patron et demandais une mutation. Et il y avait un poste à pourvoir justement dans une ville pas loin d'Evry. A la fin de la semaine, je pris ma voiture, je pris mes quelques objets qui me paraissaient importants : Nécessaire de toilette, habits (tous identiques), fer à repasser, télévision, l'intégralité de mes couverts et de mes assiettes, mes cousins et mes couvertures, mes documents. Sans oublier les photos de Papa et Maman. J'allais au cimetière avant de partir pour mettre des fleurs en plastiques. Je quittais barre d'immeuble, qui ressemblait à une accumulation de clapiers sur environ quinze mètres de haut. Un peu comme si on voulait faire en sorte que les hommes soient du bétail. On les mets dans des cases. Ils vont là pour dormir, puis ensuite ils vont tous au travail, puis parfois ils vont tous au centre commercial, ou encore les gens qui vont tous en même temps en vacances. Moi je faisais parti de ces gens sauf que je ne prenais jamais de vacances sauf celle qui me sont données d'office, je passais plus de temps tout simplement au centre commercial par rapport aux autres.

Je pris la route le Samedi Matin. J'arrivais là bas vers midi. Je débarquais dans la ville où mon poste m'attendais : la Ferté-Alais. C'était un village assez joli, qui se trouvai à une demie heure d'Evry. Parfait. J'avais un logement provisoire offert par la mairie. Je le refusais et je demandais plutôt un logement que je pourrai acheter tout de suite. Je l'eus le soir même. Mon poste attendait depuis six mois. La mairie ne voulait pas me perdre. Alors en vingt-quatre heures j'avais complètement changé de vie. Je m'installais dans une maison vide de la Ferté-Alais. Je déballais toutes mes affaires. Et je me couchais épuisé de cette journée. Il fallait que je sois en forme pour le lendemain.

Je me levais vers sept heures, c'était Dimanche mais le Carrefour d'Evry était ouvert, Jeanne ne travaille pas ce jour. Je m'achetais des meubles : Tables, Chaises, Canapé, lit. Et le reste s'ajoutera petit à petit. J'eus un long moment d'hésitation pour le lit, une place ou deux places ? J'ai pris un lit deux places.

Lundi ! Premier jour de travail, tout s'est bien passé. Un patron qui ne m'embête pas qui est fan des courses de chevaux, mes collègues ne m'ont pas trop parlé. Enfin, le peu de fois qu'ils sont venus me parler, c'était pour me parler d'eux. Je ne répondais rien, je pensais à Jeanne. Je finissais mon boulot à seize heures. Je pris ma R9, une demie heure plus tard, centre commercial Evry2. C'est comme Villeneuve2 sauf que ça existe à Evry. J'entrai dans le Carrefour que j'avais repéré la veille. J'achetais des boîtes de Raviolis et je me précipitais en caisse.

Je traversais la rangée des caisses. Caisse numéro un ; Non. Caisse numéro deux ; Non plus. Caisse numéro trois ; Encore non. Puis Caisse numéro dix-huit ; Jeanne ! Je mis les trois boîtes de Raviolis sur le tapis roulant. Je fais un grand sourire (ça bande !). Elle me regarde, elle sourit. Elle ne m'a pas reconnu. Je m'approche. Et je lui dit :
_ Bonjour.
_ Bonjour.
_ Vous aimez le chiffre dix-huit vous ?
elle me regarde ; elle ne répond pas tout de suite. Elle comprend :
_ Vous aimez bien les habitudes vous.
_ Oui.
_ Vous, je crois que vous veniez tout les jours à ma caisse.
_ Oui, je viens de m'installer dans le coin, je viens du Nord.
_ Moi aussi.
_ J'ai décroché un poste ici... Enfin, à la Ferté-Alais. Enfin je suis un peu perdu, ici, je ne connais rien....
Elle ne répond pas.
Vous finissez à quelle heure ? J'aimerai vous inviter au restaurant pour que vous me dites ce qu'il y a de bien à faire dans le coin.
_ C'est d'accord. J'ai rien à faire ce soir et demain j'ai un jour de congé. Ça marche. Je choisis le restaurant. Attendez moi devant la boulangerie Paul.
_ Vous connaissez mon prénom ?
elle ricane
_ Non, enfin maintenant si.
_ Bon alors huit heures à Paul.
_ Oui.
Je paye, et je vais à la FNAC, en attendant. J'en profite pour m'acheter deux livres. J'avais vu cette caissière, il y a douze ans, et voilà que ce soir j'ai un restaurant avec elle. La tache me paraissait plus dur dans mes rêves. Rien n'était encore gagné mais elle savait qui j'étais à présent. J'attendais devant Paul. Elle vint. Nous allâmes dans la R9 puis nous allions manger dans une brasserie dans le centre ville d'Evry. Fille très sympathique, coquine, mon âge. C'était ce qui me fallait. Je la raccompagnais chez elle. Elle habitait une de ces cages à lapins dans le quartier d'Evry2. Elle me demandait si je pouvais prendre un café. Bien entendu je répondais oui. Mon appétit sexuel grandissait encore et encore. Je montais avec elle.

J'entrais dans son appartement. Elle commençait a se désapper. Elle me regarda, elle s'approcha de moi, elle avait déjà enlevé son gilet et son T-shirt. Elle mit sa main contre ma braguette. J'ôtais mon pull. Elle retira le reste de mes vêtements. Elle était en sous vêtements. J'attaquais son soutif. Je bandais comme un fou. Elle passait ses mains sur tout mon corps. Elle sentait mes poils. Elle se mit à me lécher les tétons. J'étais nu devant elle qui était en petite culotte. Je l'enlevais délicatement. Sans dire un mot. Elle se frottait presque contre moi. La scène m'était surréaliste et dépassais mes rêves. Je mis ma tête entre ses seins, il était beaux, tendres, doux. Je les sentais. Ma langue sortit de la bouche et je lui léchais les seins avec passion, sans fin, et je ne perdais aucune miette de son goût. J'avais le regard fixe sur ses lèvres. Jeanne ouvrait la bouche, elle se mordait les lèvres, sa langue essayait sa lèvre supérieure. Elle respirait fort. Mon cœur faisait du cent à l'heure tellement j'étais excité. Elle saisit mon pénis, elle me regarde et dit ; "oui". Aussitôt, je lui rentre dedans. Elle respire plus fort, encore un "oui". Et la machine était lancée.

Nous avons fait l'amour. J'était heureux.
Le matin, je dû partir. Elle attendais son futur mari . C'était pour cette raison qu'elle avait muté à Evry, et qu'elle avait pris un jour de congé. Et elle me dit sans aucune émotion, Aurevoir à tout jamais Je pris la R9, et je roulais sur l'autoroute, il est sept heure et demie. Je ne suis pas rasé et je n'irai pas au travail.

J'avais fait l'amour,
Elle m'avait baisé,
J'étais malheureux.

Mon avenir est avenu, mon futur est passé.
Je fis demi tour, je retournais à son appartement, je pris le plus grand couteau que j'avais pas encore déballé des cartons du déménagement. J'entrais et je lui enfoncais le couteau en pleine poitrine. Je pris le couteau et je l'essayais. Je repris la voiture. Et je jetais le couteau sur le bord de l'autoroute. Je roulais, il est huit heures et douze minutes, j'irai au travail.



 


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