jeudi 10 janvier,
Un vieil article paumé, retrouvé.


En REPONSE à PATRICK

Un jour, Patrick Modiano m'a écrit ; je ne lui avais pas envoyé de lettre préalablement, en disant que j'aimais ce qu'il faisait. Il m'écrivait à moi, mais était-ce une erreur ? Les détails de cette lettre me disaient le contraire. Mais dans le doute, je me pris quand même au jeu. Au jeu où il y avait tout à gagner. J'avais décidé de le rencontrer lors de son passage au Furet du Nord, mais après lui avoir tendu mon livre "un pedigree", je le reprenais, ou plutôt je lui arrachais des mains, et sans un mot, je m'enfuis, il eu tout juste le temps de m'apercevoir, de me reconnaître que je m'étais déjà évaporé. J'étais comme poussé par cet instinct qui m'attirait ailleurs. Cet instinct si bien décrit dans Vingt-quatre Heures de La Vie d'Une Femme de l'ami Stefan Zweig. Car je ne voulais pas que la cérémonie se déroule de cette manière : il fallait autre chose. Et éviter une fin tragique.

Je préférais prendre la plume, pour répondre à Patrick Modiano (dont vous ne verrez jamais la lettre car beaucoup trop personnelle et elle casserait son mythe).

Patrick (3),

Je me demande souvent si je suis moi aussi lunatique, j'ai en
ce moment même de très graves remords quant à mon attitude
avec toi. Je ne sais pas d'où cela peut venir, peut-être
d'un manque de convictions, de l'incertitude, ou de l'habitude.
Peut être alors que l'importance, si l'esprit semble être incapable
de se stabiliser (sur une idée, une attitude etc.), est de se fixer
sur ce qui fait la moitié de la personne et qui est plus stable :
Son corps.

Même si, nous ne nous sommes pas encore vraiment rencontré,
je suis enchanté d'avoir fait ta connaissance. Mais c'est que, ma vie
(rien que ça), -mon enfance- a été une sévère défaite. Voilà bientôt
quatre années que je vis seul. Les trois années précédentes furent
tentatives d'existence ratées (dieu merci) et infinie naïveté entre moi et
le monde. Et, avant ces trois années, subsistent quelques vagues souvenirs
flous dans un "océan de néant". Autrement dit, je n'ai rien vécu.
Il est alors normal que je fixe mes espoirs de vie sur l'avenir.
Pour cela, tu me sembles être vital, et ces remords sont une conséquence
des précautions que je n'ai pas prises. A force de tant vouloir bien faire,
je suis soumis une fois de plus à l'inactivité.

Mais crois moi, Patrick, je lutte et j'essaye de lutter pour essayer
de vivre. Mais les chances de réussites sont tellement minces. Je me suis,
avec les années, enfermé sur moi-même, vivant replié et me consacrant
qu'à des activités plus ou moins philosophiques inhibant contre
l'apitoiement et le suicide.
Seulement, cette vie, à mon âge, ne débouche sur rien. Et, depuis
une ouverture sur le monde due à ma façon d'être ...différente,
je sais qu'il existe un bonheur tout proche, aisé à acquérir.

Tu sais, j'ai maudit bien du monde, moi y comprit. Mais il semble
que le destin après s'être acharné sur moi me donne une chance.
J'entends alors profiter de cet espoir. Patrick, tu es le troisième
de ce nom que je rencontre ce mois. Pourquoi ne pas y voir ici la
providence ? Mais le sujet n'est pas là.

Cette drôle de lettre met peut être fin, à une image de moi que tu te faisais.
Mais les illusions peuvent toujours se reconstruire et si un masque ne te plaît
pas, comme celui que je possède actuellement, tu peux l'enlever et en mettre
un autre. L'important, n'est ce pas ce que nous voulons être plutôt que ce que
nous sommes ? Car ce qui fait la valeur d'un être est bien ce qu'il désire être.
J'ai vu tes intentions, elles me plaisent et je les partage.

Saches qu'en réalité, je me suis trouvé effrayant, et que peut-être, tu ne
peux pas le comprendre ou bien complètement. Ce rayon d'optimisme
que tu m'as donné, je le garde crois moi, ce n'était pas seulement une
bouée de sauvetage, mais ce qui peut être le début du chemin de la vraie vie
J'ai tellement peur, que je préfère avoir fait quelque chose, que de n'avoir rien
fait.

Il semble qu'aujourd'hui les gens vivent seulement
avec des morceaux d'eux, moi comme eux répondent à des événements
d'une certaine manière. Personnellement, je trie, je décortique,
je recherche, la quête de la vérité, je me cloisonne entre quatre murs,
sans aucune personnalité, me glissant dans un moule,
un stupide stéréotype. Et, voilà que je suis en train d'éclore comme un joli
petit crocus de couleur lilas.

Mais moins que lunatique, je crois plutôt être terriblement timoré, ce qui m'élimine
la plupart des possibilités de vie et empêche ces opportunités à se concrétiser.
Pour tout te dire, même si tout ne s'est pas passé comme prévu, mes
pensées sur toi n'ont pas changées, bien que l'espérance diminue, la confiance reste.
Je ne voudrai pas te prendre sur le terrain de la pitié, car ce qu'il y a n'est pas
forcément une faiblesse. Cette religion dont je suis fervent fidèle, qui est la
littérature, fait aussi ma robustesse. Et si vie il n'y a pas, dévotion il y aura.
Tout comme toi.

Je ne connais que trop mal mes qualités, mais vu l'amour que me portent mes
amis, même si l'apparence solitaire (subit), je suis bon et je ne peux que les croire
tellement leurs vertus font mon envie. Patrick, même si le miroir l'indique et s'en repentit
il ne faudrait pas avoir peur, cela par contre me fera de la peine car je ne veux pas
d'une espèce de frankenstein.

 

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